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« C'est qu'au fond, il n'y a qu'une seule race : l’humanité. »

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LIBERTÉ ÉGALITÉ FRATERNITÉ

lundi 20 février 2012

Casanova, la passion de la liberté. Exposition BnF Paris France

 
 
Avants propos : Exposition CAZANOVA  BnF  Paris

Biographie de Casanova 

par Frédéric Manfrin

1725
Le 2 avril, naissance à Venise de Giacomo Girolamo Casanova, premier enfant de Gaetano Casanova et de Zanetta Farussi, comédiens. Il est baptisé le 5 mai à l’église San Samuele.
1725-1734
L’enfant est élevé par sa grand-mère maternelle, Marsia Farusso. C’est elle qui l’emmène voir une sorcière, à Murano, pour tenter de le guérir de ses fréquents saignements de nez.
Avril 1734
Casanova est mis en pension à Padoue, où il demeure jusqu’en 1739. Il y connaît sa première histoire sentimentale avec Bettine. Inscrit à l’université de la ville, il commence des études de droit, mais il décide de retourner à Venise pour s’engager dans la carrière ecclésiastique.
En 1738, sa mère, Zanetta, a quitté l’Italie pour Dresde, où elle est engagée comme actrice.
1740-1741
Il reçoit la tonsure, puis les quatre ordres mineurs, mais sa carrière de prédicateur tourne court après un sermon catastrophique. Il fréquente la maison du sénateur Malipiero et fait la connaissance de plusieurs jeunes filles (Teresa Imer, Nanette et Marton…).
Avril 1741 -
mars 1742
 Premier grand voyage de Casanova à Corfou, et peut-être à Constantinople.

1742
 Il fait des études de sciences.
1743
 Sa grand-mère meurt le 18 mars. Pour se préparer à devenir le secrétaire de l’évêque de Martirano, Casanova fait un bref passage au séminaire Saint-Cyprien, à Murano. À la suite d’une brève incarcération au fort Saint-André, il quitte Venise pour Rome à la fin de l’année.
1744
 Il décide de suivre l’évêque de Martirano dans son diocèse, mais n’y reste guère plus de trois semaines. Après une escale à Naples, Casanova s’installe à Rome au mois de juin. Il y trouve un travail auprès de l’ambassadeur d’Espagne, le cardinal Acquaviva.
1745
 À la suite d’une affaire de rapt dont il a été complice, Casanova est obligé de quitter Rome. Il abandonne tout espoir de carrière dans l’Église et choisit de s’habiller en militaire puis de gagner Constantinople en passant par Venise. Il arrive en Turquie au début de l’été.
1746-1749
De retour à Venise, Casanova devient joueur de violon au théâtre San Samuele.
Il fait la connaissance du sénateur Bragadin, qui devient son protecteur. Il est mêlé à des affaires de jeu et se fait rapidement une réputation sulfureuse dans la Sérénissime.
1749
 Au début de l’année, Casanova, jugeant préférable de quitter Venise par crainte des Inquisiteurs d’État, voyage dans le Nord de l’Italie et en Suisse : Vérone, Milan, Crémone, Césène, Genève… À l’automne, il rencontre Henriette, l’un des grands amours de sa vie. Le couple s’installe à Parme, mais Henriette est contrainte de le quitter au début de l’année suivante.
1750
Casanova se rend en France : il est reçu dans la franc-maçonnerie à Lyon, puis s’établit à Paris pour près de deux ans.
1750 -
automne 1752
Premier séjour à Paris, où Casanova fréquente surtout les Comédiens-italiens et en particulier la famille Balletti. Il quitte Paris pour Dresde.
1753
Casanova passe à Prague, puis à Vienne, où il fait la connaissance du poète Métastase. Il rentre à Venise le 29 mai.
1753-1755
Casanova séduit successivement Caterina Capretta (C. C.) et la religieuse M. M., la maîtresse de l’abbé de Bernis, alors ambassadeur de France à Venise.
26 juillet 1755

Casanova est enfermé sous les Plombs, sans doute pour possession d’ouvrages interdits (traités d’alchimie ou de livres de la Kabbale…) et pour libertinage.
1er novembre 1756
Il s’enfuit des Plombs et quitte Venise, où il ne reviendra que dix-huit ans plus tard.
1757
Casanova est de retour à Paris. Il y arrive le jour de l’attentat de Damiens, le 5 janvier.
1757-1759
Second séjour à Paris. Il y fait la connaissance de Mme d’Urfé, passionnée d’alchimie, qu’il escroque sans scrupule. Il participe à la création de la loterie de l’École militaire, effectue des missions pour le compte du gouvernement français, monte un atelier de toiles peintes dans l’enclos du Temple… et vit un amour platonique avec Manon Balletti. À la fin de l’année 1758, lors d’un séjour de quelques mois aux Pays-Bas, il fait la connaissance de la belle Esther.
23 août 1759

Mis en prison au For-l’Evèque pour de fausses lettres de change, il en sort deux jours plus tard. Il quitte Paris à l’automne.
1760

Casanova retourne aux Pays-Bas, où il retrouve Esther. Il reçoit à Amsterdam une lettre de Manon Balletti, qui lui annonce son mariage avec l’architecte Blondel.
Il voyage en Allemagne : Cologne, Bonn, Brûhl, où il organise un dîner chez le Prince électeur, puis Stuttgart, la Suisse… C’est à cette époque qu’il commence à se faire appeler « chevalier de Seingalt ». Il rencontre Voltaire.
1761-1763
Casanova sillonne la France, l’Allemagne et l’Italie : il fait trois courts séjours à Paris, où il continue d’abuser de la crédulité de Mme d’Urfé.
14 juin 1763
Il arrive à Londres, où il est présenté à la cour, et y demeure presque dix mois.
Une femme, la Charpillon, manque le faire devenir fou.
1764
Il quitte l’Angleterre, traverse les Flandres et l’Allemagne. De juillet à septembre, il est à Berlin, où il rencontre Frédéric II. Après la Prusse, c’est la Courlande, puis la Russie : Casanova est à Saint-Pétersbourg à la fin de l’année
1765

Il y rencontre Catherine II, fait une excursion à Moscou et, en septembre, abandonne la Russie pour la Pologne, avec l’intention de s’y s’établir.
Il arrive à Varsovie le 10 octobre.
1766-1767
Il se bat en duel avec Branicky, un des hauts personnages de la cour. À la suite de son expulsion de Pologne, en juillet, l’Europe défile à nouveau : Dresde, Leipzig, Prague, Vienne, Munich, Augsbourg, Mayence, Cologne, Spa. En septembre, Casanova se risque à revenir à Paris pour accompagner la femme d’un de ses amis joueurs, laquelle, enceinte, meurt en couches. Il est expulsé de France en novembre : c’est une période difficile pour l’aventurier, qui vient de perdre son protecteur, Bragadin, mort le 14 octobre.
Fin 1767 -
28 décembre 1768
Séjour en Espagne, principalement à Madrid et à Barcelone : Casanova y est emprisonné à deux reprises.
1769-1772
Période d’errance en France et en Italie, avec publication de ses premiers textes importants : Confutation de l’Histoire du gouvernement de Venise d’Amelot de la Houssaye en 1769, Lana Caprina en 1772…
Fin octobre 1772
Casanova s’installe à Trieste, aux portes de la Vénétie, attendant son retour en grâce.
Été 1774
Derniers événements décrits dans Histoire de ma vie.
3 septembre 1774
Casanova, gracié par les Inquisiteurs, retrouve Venise une semaine plus tard.
1774-1783
Dernier séjour vénitien. Quoique devenu confidente des Inquisiteurs, il est à nouveau menacé et doit quitter sa ville natale le 13 janvier 1783. Il n’y fera plus qu’un bref passage en juin de la même année.
1783-1784

Nouvelle période d’errance : on voit Casanova à Vienne, Francfort, Aix-la-Chapelle, Spa, Amsterdam, Anvers, Bruxelles, Paris, Berlin, Dresde…
18 février 1784
Casanova est de retour à Vienne, où il trouve un emploi de secrétaire chez l’ambassadeur de Venise Foscarini. Il rencontre le comte de Waldstein. Il retrouve aussi Lorenzo Da Ponte, qu’il avait vu à Venise en 1777.
23 avril 1785
Foscarini meurt et Casanova perd son emploi.
Septembre 1785
Casanova est engagé par le comte de Waldstein comme bibliothécaire de son château de Dux, en Bohême. Il restera au service du comte jusqu’a sa mort.
Juillet 1787 - septembre 1788

Casanova est à Prague. C’est durant ce voyage qu’il aurait contribué au livret du Don Giovanni de Mozart.
Le Vénitien est de retour à Dux à la fin du mois d’octobre 1788.
Avril-mai 1789
Casanova est gravement malade. O’Reilly, le médecin qui le soigne, lui conseille d’écrire pour chasser l’ennui : Casanova entame la rédaction de ses mémoires.
Été 1793
Le premier jet de ce qui deviendra Histoire de ma vie est terminé, malgré les brimades et vexations des domestiques du château de Dux, et principalement du régisseur Feldkirchner.
Été 1794
Casanova rencontre le prince Charles Joseph de Ligne à Toeplitz. Il entame la révision du manuscrit des mémoires.
Mars-avril 1797
Casanova effectue son dernier voyage, à Dresde.
Avril 1798
 Casanova, malade, est oblige d’interrompre la révision du manuscrit d’Histoire de ma vie.
4 juin 1798
 Mort de Casanova.
 Direction éditoriale
Françoise Juhel, Éditions multimédias, BnF Direction scientifique Marie-Laure Prévost, conservateur général, département des Manuscrits, BnF Corinne Le Bitouzé, conservateur général, département des Estampes et de la photographie, BnF Frédéric Manfrin, conservateur, département Philosophie, histoire et sciences de l'homme, BnF Édition Emmanuelle Berenger, Éditions multimédias, BnF



par Giacomo Casanova*



« Ma mère me mit au monde à Venise le 2 d’Avril jour de Paques de l’an 1725. Elle eut la veille une grosse envie d’écrevisse. Je les aime beaucoup.

                     Apres un[e] hémorragie de trois mois on m’a envoyé à Padoue, où guéri de l’imbécillité je me suis adonné à l’étude, et à l’age de seize ans on m’a fait docteur, et on m’a donné l’habit de prêtre pour aller faire ma fortune à Rome.
À Rome la fille de mon maître de langue française fut la cause que le Cardinal Acquaviva mon patron me donna congé.
Agé de dix-huit ans je suis entré dans le militaire au service de ma patrie, et je suis allé à Constantinople. Deux ans après étant retourné à Venise, j’ai quitté le métier de l’honneur, et prenant le mords aux dents j’ai embrassé le vil métier de joueur de violon ; j’ai fait horreur à mes amis ; mais cela n’a pas duré longtemps.
À l’age de 21 ans un des premiers seigneurs de Venise m’adopta pour fils, et étant assez riche je suis allé voir l’Italie, la France, l’Allemagne, et Vienne où j’ai connu le comte Roggendorff. Je suis retourné à Venise où deux ans après les inquisiteurs d’état vénitiens par des raisons justes, et sages me firent enfermer sous les plombs.
C’est une prison d’état d’où personne n’a jamais pu se sauver ; mais moi, avec l’aide de Dieu, j’ai pris la fuite au bout de quinze mois, et je suis allé à Paris.

En deux ans j’y ai fait de si bonnes affaires que je suis devenu riche d’un million ; mais j’y ai fait tout de même banqueroute. Je suis allé faire de l’argent en Hollande, puis je suis allé essuyer des malheurs à Stuttgart, puis des bonheurs en Suisse, puis chez M. de Voltaire, puis des aventures à Marseille, à Gênes, à Florence, et à Rome, où le pape Rezzonico vénitien me fit chevalier de S[aint] J[ean de] Latran, et protonotaire apostolique. Ce fut l’an 1760.
Bonne fortune à Naples dans la même année. À Florence j’ai enlevé une fille, et l’année suivante je suis allé au congrès d’Augsbourg chargé d’une commission du roi de Portugal. Le congrès ne s’y tint pas, et après la publication de la paix je suis passé en Angleterre d’où un grand malheur me fit sortir l’année suivante 1764. J’ai évité la potence, qui cependant ne m’aurait pas déshonoré. On ne m’aurait que pendu. Dans cette même année j’ai cherché en vain fortune à Berlin, et à Petersbourg ; mais je l’ai trouvée à Varsovie dans l’année suivante. Neuf mois après je l’ai perdue pour m’être battu en duel avec le Général Branicki au pistolet. Je lui ai percé le ventre, mais en trois mois il guérit, et j’en fus bien aise. C’est un brave homme.
Obligé à quitter la Pologne je suis allé à Paris l’an 1767, où une lettre de cachet m’a fait décamper, et aller en Espagne où j’ai eu des grands malheurs. À la fin de l’an 1768 on m’enferma dans le fond de la tour de la citadelle de Barcelone d’où je suis sorti au bout de six semaines, et exilé d’Espagne. Mon crime fut mes visites nocturnes à la maîtresse du vice roi, grande scélérate. Aux confins d’Espagne j’ai échappé aux sicaires, et je suis allé faire une maladie à Aix en Provence qui me mit au bord du tombeau après dix-huit jours de crachement de sang.
L’an 1769 j’ai publié en Suisse ma défense du gouvernement de Venise en trois gros volumes contre Amelot de la Houssaye.

L’année suivante le ministre d’Angleterre à la cour de Turin m’envoya à Livourne bien recommandé. Je voulais aller à Constantinople avec la flotte Russe, mais l’amiral Orlow ne m’ayant pas accordé les conditions que je voulais, j’ai rebroussé chemin, et je suis allé à Rome sous le pontificat de Ganganelli.
Un amour heureux me fit quitter Rome pour aller à Naples, et trois mois après un autre amour malheureux me fit retourner à Rome. Je me suis battu pour la troisième fois à l’épée avec le comte Medini, qui mourut il y a quatre ans à Londres en prison pour dettes.
Ayant beaucoup d’argent je suis allé à Florence, où le jour de la fête de Noël l’archiduc Léopold, mort empereur il y a quatre ou cinq ans, m’exila de ses états temps trois jours. J’avais une maîtresse, qui par mon conseil devint marquise de III à Bologne.
Las de courir l’Europe je me suis déterminé à solliciter ma grâce auprès des inquisiteurs d’état vénitiens. Par cette raison je suis allé m’établir à Trieste, où deux ans après je l’ai obtenue. Ce fut le 14 7bre an 1774. Mon entrée à Venise au bout de 19 ans me fit jouir du plus beau moment de ma vie. L’an 1782 je me suis brouillé avec tout le corps de la noblesse vénitienne. Au commencement de 1783 j’ai quitté volontairement l’ingrate patrie, et je suis allé à Vienne. Six mois après je suis allé à Paris avec intention de m’y établir ; mais mon frère, qui y demeurait depuis 26 ans, me fit oublier mes intérêts pour les siens. Je l’ai délivré des mains de sa femme, et je l’ai mené à Vienne, où le prince Kaunitz sut l’engager à s’y établir. Il y est encore moins vieux que moi de deux ans.
Je me suis placé au service de M. Foscarini ambassadeur de Venise pour lui écrire la dépêche. Deux ans après il mourut entre mes bras tué par la goûte qui lui monta à la poitrine. J’ai alors pris le parti d’aller à Berlin espérant une place à l’Académie ; mais à moitié chemin le comte de Waldstein m’arrêta à Toeplitz, et me conduisit à Dux, où je suis encore, et où selon l’apparence je mourrai.
C’est le seul précis de ma vie que j’ai écrit, et je permets qu’on en fasse tel usage qu’on voudra Non erubesco evangelium.1
Ce 17 9bre 1797
Jacques Casanova »

 chronologie de la vie de Casanova
* Texte adressé à Cécile de Roggendorf, en réponse à sa demande du 2 novembre 1797.
 Conservé à Prague, Archives d'État, fonds Casanova, U 21/1 ; Éd. HMV, III, p. 1229-1232.
1. « Je ne rougis pas de cet évangile. »

En deux ans j’y ai fait de si bonnes affaires que je suis devenu riche d’un million ; mais j’y ai fait tout de même banqueroute. Je suis allé faire de l’argent en Hollande, puis je suis allé essuyer des malheurs à Stuttgart, puis des bonheurs en Suisse, puis chez M. de Voltaire, puis des aventures à Marseille, à Gênes, à Florence, et à Rome, où le pape Rezzonico vénitien me fit chevalier de S[aint] J[ean de] Latran, et protonotaire apostolique. Ce fut l’an 1760.
Bonne fortune à Naples dans la même année. À Florence j’ai enlevé une fille, et l’année suivante je suis allé au congrès d’Augsbourg chargé d’une commission du roi de Portugal. Le congrès ne s’y tint pas, et après la publication de la paix je suis passé en Angleterre d’où un grand malheur me fit sortir l’année suivante 1764. J’ai évité la potence, qui cependant ne m’aurait pas déshonoré. On ne m’aurait que pendu. Dans cette même année j’ai cherché en vain fortune à Berlin, et à Petersbourg ; mais je l’ai trouvée à Varsovie dans l’année suivante. Neuf mois après je l’ai perdue pour m’être battu en duel avec le Général Branicki au pistolet. Je lui ai percé le ventre, mais en trois mois il guérit, et j’en fus bien aise. C’est un brave homme.
C’est le seul précis de ma vie que j’ai écrit, et je permets qu’on en fasse tel usage qu’on voudra Non erubesco evangelium.1
Ce 17 9bre 1797
Jacques Casanova »

 chronologie de la vie de Casanova
* Texte adressé à Cécile de Roggendorf, en réponse à sa demande du 2 novembre 1797.
 Conservé à Prague, Archives d'État, fonds Casanova, U 21/1 ; Éd. HMV, III, p. 1229-1232.
1. « Je ne rougis pas de cet évangile. »

L’année suivante le ministre d’Angleterre à la cour de Turin m’envoya à Livourne bien recommandé. Je voulais aller à Constantinople avec la flotte Russe, mais l’amiral Orlow ne m’ayant pas accordé les conditions que je voulais, j’ai rebroussé chemin, et je suis allé à Rome sous le pontificat de Ganganelli.
Un amour heureux me fit quitter Rome pour aller à Naples, et trois mois après un autre amour malheureux me fit retourner à Rome. Je me suis battu pour la troisième fois à l’épée avec le comte Medini, qui mourut il y a quatre ans à Londres en prison pour dettes.
Ayant beaucoup d’argent je suis allé à Florence, où le jour de la fête de Noël l’archiduc Léopold, mort empereur il y a quatre ou cinq ans, m’exila de ses états temps trois jours. J’avais une maîtresse, qui par mon conseil devint marquise de III à Bologne.
Las de courir l’Europe je me suis déterminé à solliciter ma grâce auprès des inquisiteurs d’état vénitiens. Par cette raison je suis allé m’établir à Trieste, où deux ans après je l’ai obtenue. Ce fut le 14 7bre an 1774. Mon entrée à Venise au bout de 19 ans me fit jouir du plus beau moment de ma vie.












L’an 1782 je me suis brouillé avec tout le corps de la noblesse vénitienne. Au commencement de 1783 j’ai quitté volontairement l’ingrate patrie, et je suis allé à Vienne. Six mois après je suis allé à Paris avec intention de m’y établir ; mais mon frère, qui y demeurait depuis 26 ans, me fit oublier mes intérêts pour les siens. Je l’ai délivré des mains de sa femme, et je l’ai mené à Vienne, où le prince Kaunitz sut l’engager à s’y établir. Il y est encore moins vieux que moi de deux ans.
Je me suis placé au service de M. Foscarini ambassadeur de Venise pour lui écrire la dépêche. Deux ans après il mourut entre mes bras tué par la goûte qui lui monta à la poitrine. J’ai alors pris le parti d’aller à Berlin espérant une place à l’Académie ; mais à moitié chemin le comte de Waldstein m’arrêta à Toeplitz, et me conduisit à Dux, où je suis encore, et où selon l’apparence je mourrai.
C’est le seul précis de ma vie que j’ai écrit, et je permets qu’on en fasse tel usage qu’on voudra Non erubesco evangelium.1
Ce 17 9bre 1797
Jacques Casanova »

 chronologie de la vie de Casanova
* Texte adressé à Cécile de Roggendorf, en réponse à sa demande du 2 novembre 1797.
 Conservé à Prague, Archives d'État, fonds Casanova, U 21/1 ; Éd. HMV, III, p. 1229-1232.
1. « Je ne rougis pas de cet évangile. »


 





Textes et notices Corinne Le Bitouzé, conservateur général, département des Estampes et de la photographie, BnF Frédéric Manfrin, conservateur, département Philosophie, histoire et sciences de l'homme, BnF  Catherine Massip, musicologue, archiviste-paléographe et docteur ès lettres, ancien directeur du département de la Musique de la BnF, directeur d’études émerite à l’EPHE, 4e section Marie-Laure Prévost, conservateur général, département des Manuscrits, BnF  Daniel Roche, spécialiste de l’histoire de l’Europe des Lumières, professeur honoraire au Collège de France  Chantal Thomas, essayiste, romancière, auteur de pièces de théâtre, directrice de recherche honoraire au CNRS Fiches pédagogiquesAnne-Sophie Lambert, service de l'Action pédagogique, BnF  Caroline Doridot, service de l'Action pédagogique, BnF Graphisme et assistance technique des signes, www.des-signes.fr Nathalie Navarro, Cécile AdamTraitement iconographique Gisèle Nedjar, Éditions multimédias, BnF assistée de Philippe Guilvard, Brigitte Olivier et Eric Vercelot  Fichiers numériques réalisés par le service Reproduction de la BnF Audiovisuels • L'exposition : Producteur : BnF. Co-producteur : Connexion Prod. Suivi de réalisation : Florence Groshens, Délégation à la communication, BnF. © BnF, novembre 2011 • L'acquisition du manuscrit : Producteur : BnF. Co-producteur : L'atelier 101 Productions. Suivi de réalisation : Florence Groshens, Délégation à la communication, BnF. © BnF, février 2010 • Lectures par Léa Drucker, Daniel Mesguich et William Mesguich : réalisation par les équipes techniques des auditoriums de la BnF, Service des manifestations culturelles, Délégation à la diffusion culturelle. © BnF, décembre 2011Lectures (livre interactif) William Mesguich Traitement sonore Marc Piera, Service des expositions, BnF Iconographie Tous les documents reproduits sont conservés dans les collections de la Bibliothèque nationale de France, sauf mention contraire. Une partie de l’iconographie provenant des collections de la Bibliothèque nationale de France est disponible à la consultation et à la vente sur la banque d’images : http://images.bnf.fr Copyright BnF, Délégation à la diffusion culturelle, Éditions multimédias, 2011 Avertissement Tous droits des producteurs et des ayants droit des œuvres reproduites réservés, sauf autorisation.  Ce programme à usage pédagogique peut faire l'objet de diffusion collective gratuite. Tout usage pédagogique des documents est autorisé.


dimanche 19 février 2012